A l’école

On a tous rendez-vous dans leur petite salle de classe. Il y a l’espace dinette, où, invariablement, on me sert un café en plastique le matin, l’espace camions, l’espace puzzles, l’espace poupées. Il y a leurs empreintes en peinture sur les murs, un arbre en papier dont les feuilles recensent les anniversaires passés et ceux à venir, les premières lettres des prénoms de chaque enfant, et je devine que le petit J, là bas, celui sur lequel les gommettes ont mal été collées, celui sur lequel c’est tout gribouillé, puis tout vide (il a du en avoir marre), à côté des autres lettres impeccables, c’est le petit J de mon fils. J’oublierais de vérifier le prénom écrit en tout petit en haut de la lettre, en partant.

Il a le maître qui parle, qui explique sa façon de faire, de voir les choses. J’admire sa pédagogie, sa façon presque scientifique de décrire comment on amène un enfant à apprendre à écrire, étape par étape, en lui apprenant à bouger son corps, puis son buste, puis son bras, puis ses doigts… Je rigole (intérieurement) quand il explique qu’il va initier nos enfants à la robotique, et à l’anglais, et que dans quelques temps il ne faudra pas s’étonner que nos enfants nous sortent des trucs dans la langue de shakespeare… Et là, je me dis qu’il exagère un peu.

J’avais oublié l’existence de la « coopérative de l’école », je me dis que c’est un peu du racket, je me demande à hauteur de combien il faut contribuer. Je tremble et m’affaisse un peu plus sur la toute petite chaise en bois quand le maître explique que bientôt, parce que c’est le Ministère qui le lui a demandé, il initiera les enfants à un jeu un peu particulier, celui de se cacher très vite et d’être les « rois du silence ». Je me dis qu’on ne devrait pas avoir à apprendre à des enfants à se cacher de terroristes. Je me dis qu’il va un peu trop loin dans ses explications quand il nous dit qu’il a eu des réunions avec la police, et qu’au Bataclan, « y a des gens qui sont morts car ils ont laissé leur portable sur vibreur ». Je pense à Lui, lui qui n’est plus, et je me dis qu’il y a peut être quelqu’un sur cette planète qui chaque jour se demande si l’appel qu’il a peut être passé sur son portable, ce soir du 13 novembre, est ce qui l’a tué. Et puis, je comprends que la date de cet « exercice » tombe un jour où les enfants ne seront pas là. Je me dis que ce n’est pas très grave, cette absence, parce que des petits enfants cachés derrières des bancs en bois ce n’est pas grand chose d’autre que de la chaire à canon. Le lendemain, y a la photo de l’école. Pas de photo de leur première année, ça, ça m’embête beaucoup plus que ne pas être là pour le jeu de cache cache morbide et vain.

Il  y a les parents autour de moi. Ceux qui n’ont pas pu venir sans leur enfant. On voit bien qu’ils ont du mal à suivre, trop occupés à dire « chut » tout le temps. Il y a un monsieur étranger, un peu plus âgé que nous tous, un peu en recul, au fond de la classe. Il y a ceux qui veulent bien faire, et qui sont carrément venus à deux. Il y a celle qui demande si ils n’ont pas droit de venir avec des écharpes. « Non, pas d’écharpes. ». « Pas de bandanas ? » « Non, pas de bandanas ». « Pas de foulards ? ». « Non, pas de foulards ». Il y a la mère qui a l’air un peu bobo, qui ne comprends pas pourquoi ci, et pourquoi ça, mais qui voudrait bien en parler. Il y a la mère énervante, qui sous couvert de demander « ce que le maître pense de sa classe depuis la rentrée », voudrait savoir si sa merveille s’intègre bien. « Mais, il y a des enfants qui sont plus en difficulté que d’autres, n’est ce pas ? ». Elle demande confirmation que son fils n’y est pas. Je glisse un regard à la mère d’une petite fille, visiblement plus jeune que tous les autres, qui hurle à m’en mouiller les yeux chaque matin, dès qu’elle met un pied à l’école.

Et puis il y a le maître, qui glisse des indices. Sur 23 élèves, il y en a 2 ou 3 qui restent encore beaucoup en retrait. Qui restent un peu absents de la classe.

Et moi, pourtant si contente de voir mon fils à l’école, si contente qu’il me dise, chaque jour, que « l’école, c’est super bien ! », je me demande, si c’est de lui que l’on parle. Lui, qui s’en contrefout de colorier en dehors des traits. Lui, qui colle ses gommettes partout sauf dans les cases qu’on lui a désigné. Lui, qui a fait un gros pâté noir sur l’éléphant qu’ils devaient tous coller dans leur carnet « de liaison », là où ma fille a choisi une couleur pour les oreilles, la trompe, les yeux, le corps, et s’est attachée, la langue sans doute pincée entre ses lèvres, à respecter les traits.

Je n’ai jamais trouvé autant aisé que de m’occuper de mes enfants. C’est plus que plaisant, c’est formidable. Je prends beaucoup de plaisir à être avec eux, faire des choses avec eux (à part les courses #toimemetusais). Ils ont acquis une indépendance jusque là inégalée et qui me simplifie grandement la vie. Ils jouent beaucoup ensemble tous les deux. Cette simplicité acquise, après tant de moments de grande complexité, ne signe pour autant pas la fin définitive de périodes compliquées.

Je commence à entrevoir ce que peut être le stress d’un instituteur à qui vous demanderiez « et comment ça se passe, avec mon petit J ? » et qui vous répondrait « il a quelques difficultés ». Je continue à comprendre que la culpabilité ne s’arrête vraiment jamais.

Avec la grande tentation de dire à mon petit J qui si c’est ça qui lui plaît, il a bien raison de gribouiller de noir toutes les lettres de l’alphabet, mais mon devoir de mère, de lui expliquer que l’école c’est aussi savoir se mettre dans une case.

 

 

L’instinct / L’école

En mai, nous sommes allés, les enfants, l’Homme et moi, rencontrer le directeur de la petite école publique qu’ils intégreront demain. Ils y ont fichu un bordel monstre, écrit au feutre sur la chaise du bureau, hurlé qu’ils ne voulaient pas partir, et moi j’ai trouvé ça bien qu’ils aient l’air si motivés par la perspective de devenir des grands.

Quand le directeur nous a demandé si vous avions un avis sur la séparation, ou non, de nos enfants dans deux classes distinctes, nous avons répondu que nous n’avions pas d’avis préconçu, étions à l’écoute de son conseil mais que globalement, la balance penchait davantage vers « les laisser ensemble » plutôt que les séparer. Ce à quoi lui nous avait dit « très bien, ça ne me pose pas de problème qu’ils soient dans la même classe, d’ailleurs j’ai des jumelles dans ma classe actuelle et ça se passe très bien, simplement je fais l’effort de les séparer lorsque nous faisons des activités et des ateliers ». Emballé c’était pesé.

Sauf que…

L’instinct m’a poussé tout à l’heure à passer une tête dans les couloirs de l’école (la rentrée de mes enfants, c’est demain). Comme ça, pour voir. Et j’ai eu l’horreur (n’ayons pas peur des mots) de constater que mes enfants avaient été séparés. Ma fille dans une classe de petits, mon fils dans une classe mixte petite section / moyenne section.

Très étonnée (pour ne pas dire carrément chavirée), j’ai fait appeler le directeur qui m’a reçue. Et m’a expliqué qu’il manquait de filles dans une classe / que mon fils avait été identifié comme ayant un tempérament de « leader » (LOL) lors de sa visite en mai, et que son profil collait mieux à l’autre classe. Qu’accessoirement, l’année scolaire passée, il avait eu des jumelles dans sa classe, et que « ça ne s’était pas très bien passé » (hein ?), que voilà, maintenant que les listes étaient affichées, on ne pouvait pas basculer un enfant d’une classe à l’autre pour que ma fille ou mon fils rejoigne son jumeau.

J’aurais pu être sensible à cet argument de « personnalité » si il s’était avéré vrai. Sauf qu’entre la visite de l’école de mai, et cette rentrée de septembre, il s’est passé deux mois de centre de loisirs pendant lesquels j’ai découvert que mon fils, bien loin d’un tempérament de leader, qui décrit bien mieux ma fille, était un petit être sensible et apeuré qu’on a du arracher de mes bras à plusieurs reprises.

Je n’ai aucune théorie pour défendre les « il faut laisser les jumeaux ensemble » « il faut séparer les jumeaux ». Je SAIS juste que quand j’ai décrit la façon dont s’était passé le centre de loisirs pour mon fils, et ce que je craignais pour lui et sa rentrée, le Directeur m’a répondu « mais ce que vous décrivez là, c’est le cas de la plupart des enfants qui rentreront à l’école demain. ils seront seuls », j’ai eu envie de lui hurler à la figure que la gémellité faisait certainement du tord aux enfants, mais que si elle pouvait lui apporter une force que les autres n’ont pas, on n’allait pas s’en priver. Qu’on ne demanderait pas à un gamin HYPER intelligent de devenir con sous prétexte que ses petits copains étaient davantage dans la moyenne que lui.

Ma fille et mon fils sont deux êtres TRES différents. Ils ne sont pas fusionnels. N’ont pas les mêmes jeux. MAIS mon fils a peur de l’école et au même titre que gamine, la présence de ma meilleure copine ou du moins d’une tête connue dans ma classe me rassurait face à l’adversité d’une tripotée de gosses inconnus, je ne vois pas pourquoi je le priverais d’un phare. D’un visage ami. D’un repère. Rien de plus – pas d’un double, pas d’une moitié. On n’aurait pas séparé deux copains qui habitent dans la même rue et vont à l’école ensemble. Pourquoi séparer mes enfants ?

Cet après midi, j’ai fait parler la professionnelle des discours et de la transmission du « bon » message vers ce monsieur, j’ai dit ce que je pensais, tout en mettant en valeur son travail, son expérience et son savoir.

Et mes deux enfants seront dans sa classe demain, ensemble.

Et c’est un succès, car j’ai certainement fait beaucoup de conneries en les éduquants, en les faisant grandir, mais là je sais que nous allons dans la bonne direction. Et nous réévaluerons la nécessité ou non de les séparer dans un avenir plus ou moins proche.

Mauvais coton

Quoi vous dire ?

Les enfants sont presque rentrés à l’école. Leur école ouvre cet été et se transforme en centre de loisirs, où ils sont accueillis 3 matinées par semaine. Et cette « mini-rentrée » se passe sans encombre pour ma fille, et beaucoup plus difficilement pour mon fils. A trop m’inquiéter pour elle, on dirait que je n’ai pas vu que c’était mon fils qui était le plus fragile, dans ce couple de jumeaux.

Mais je n’ai à nouveau pas le coeur à vous raconter des futilités sur ma vie de mère.

En fait, ca fait 10 000 fois que j’écris des billets « d’adieu » à mes enfants au cas où il m’arrive quelque chose un jour. A des moments, comme hier, sans vraiment savoir pourquoi, je me mets en tête que je vais mourir ce jour là. 10 000 brouillons (enfin, presque…) jamais publiés.

C’est sans doute que j’avance en âge, que je ne suis plus « la plus jeune », que je vois les gens vieillir autour de moi, mourir aussi. C’est sans doute ces putains d’attentats qui frappent à n’en plus finir, qui frappent des gens comme moi, comme mes enfants.

J’arrive pas à passer outre tout ce qu’il se passe en ce moment. J’arrive pas à regarder l’avenir avec sérénité. J’arrive pas à faire le deuil de mon enfance, de mon adolescence, passées à me soucier de plein de choses, mais surtout pas de savoir si j’allais sortir vivante d’un bureau de poste ou d’un concert. Je me sens, dans ma petite vie de banlieusarde parisienne tout ce qu’il y a de plus classique, tellement exposée. J’ai la trouille. La trouille immense d’y passer. La trouille immense de mourir. La trouille immense de laisser des orphelins. La trouille encore plus immense de réaliser qu’est sur le point d’arriver le moment où tout sera fini.

Coincée dans cet entre-deux-mondes. Celui de la paix sur notre territoire, et celui où nous allons devoir apprendre à vivre différemment et vivre avec les « casualties » (pardon, j’ai la trouille mais je fais ma pouffiasse qui parle anglais).

Je voudrais protéger mes enfants. Je voudrais leur assurer à minima qu’ils ne craindront pas pour leur vie en allant à l’école ou sortiront avec leurs copains. Qu’ils ne deviendront pas orphelins car leurs parents ont un jour décidés d’aller manger au resto.

Mais je ne le peux pas.

Et là, après des années où on te rabâche qu’être parent, c’est être RESPONSABLE, c’est avoir dans ses mains la vie d’un petit être et comprendre que chacun de tes comportements va avoir une influence sur SA vie, on te dit « Tu ne peux rien faire, c’est la faute à pas de chance si, sur la promenade des anglais l’autre soir, certains sont passés sous le camion, d’autres l’ont évité de quelques centimètres et s’en sont sortis indemnes ».

On me souffle dans l’oreillette que c’est mal de dire ça, mais ces derniers temps, je regrette beaucoup d’avoir des enfants. Et je plains encore plus les femmes qui tombent enceinte en ce moment, car à la différence de moi, elles ne pourront pas dire « A l’époque où on a décidé de devenir parents, c’était moins le bazar ». Je suis cynique, je sais, mais j’ai du mal, ce soir, avec la théorie du « il faut continuer à vivre, il faut voir en nos enfants l’Espoir, c’est le plus beau pied de nez que nous pouvons faire aux terroristes ». Ce soir, je pense à ce vieillard qui a passé sa vie à raconter des histoires de « Dieu est amour » dans sa petite église grise de province, qui s’est levé ce matin pour aller « dépanner » et officier devant 4 pauvres petits gens de rien, et qui a senti la lame d’un couteau lui trancher la gorge. J’espère que son Dieu a lui était là pour lui, à ce moment là.

Je voudrais emmener mes enfants loin. Loin de ces horreurs. Pour les préserver le plus longtemps possible, parce que je sais bien qu’un jour il faudra leur expliquer. Mais on a toujours des bonnes excuses. L’Homme et son boulot hyper-important-tu-comprends, et « comment on va faire si on a plus de salaire, hein ? ». Ah et puis on vient d’acheter la maison, c’est pas le moment. Et les enfants qui rentrent à l’école, en plus de ça.

Alors on ne vivra plus le temps que ça durera en espérant que ça ne durera justement pas trop longtemps. Je me féliciterais d’avoir un jardin et une forêt pas trop loin en croisant les doigts pour qu’un psychopathe avec machette ne traîne pas derrière les arbres quand j’y promènerais les enfants.

Alors on ne vivra plus. On survivra. Le plus longtemps possible.

 

 

Je ne suis plus Charlie, plus Paris, plus Orlando, plus Bruxelles, plus Istanbul… Je suis effrayée, révoltée, malade de voir la folie de ce monde… Nous n’irons plus au cinéma, plus dans aucune manifestation, rassemblement ou lieu public, je tremblerais un peu tous les jours en vous déposant à l’école, les enfants, cette école aux « portes ouvertes », « car on ne va pas tomber dans la paranoïa », disait son directeur…

Vous ne connaîtrez probablement jamais la chance d’avoir la même enfance que nous, quand les conflits se limitaient à des champs de guerre et bien loin de chez nous.

Vous vous habituerez peut être mieux que nous à tout cela.

Vous grandirez dans ce monde, et je tremblerais que nous en soyons les victimes. 

Je vous aime.

Nous aurions aimé avoir autre chose à vous offrir que ce monde la.

Et j’ai peur.

Et je voudrais fuir. 

Nouvelles du front

Nounou 3 a été remplacée par Nounou 4, la vingtaine étudiante et éclatante, sosie de Bree Van de Camp en plus jeune mais en moins intéressée par le ménage, faut pas déconner. Nous avons usé de tous les arguments possibles pour faire rester Nounou 3, ça n’a pas fonctionné. Le deal, en échange de ce départ imprévu : former Nounou 4, assurer la transition, venir passer une ou deux heures cette semaine avec les enfants pour éviter un choc de la séparation trop violent.

Jusqu’ici, nous continuons à dormir la nuit. Au titre du sommeil, au moins celui là, tout va donc bien. Mon fils reste fidèle à lui même, stoïque face à ce (nouveau) changement, et ma fille, elle, se ronge les ongles à gogo, se jette sur la bouffe et se remet à bégayer…

Ma fille.

Je crois que le fait que j’écrive davantage à son propos qu’à celui de mon fils est de notoriété publique. J’ai conscience que le fait de m’aimer (toujours) si peu me pousse à être bien plus exigeante (chiante) et bien plus angoissée par son avenir que par celui de son frère. J’ai trop peur qu’elle soit comme moi. Sauf que bien entendu, à avoir si peur, je lui mets tellement la pression qu’elle ne manquera pas – comme moi donc – d’hériter de mon manque de confiance en moi légendaire, de ma relation pas tout à fait saine avec la bouffe, de mes névroses. Voyez le genre…

Ma fille, donc. Mes peurs. Son « oralité« . Son rapport avec la nourriture, pour commencer. Elle était un bébé glouton, dont le pédiatre me disait « attention au poids« . Sur la courbe de son poids, la chute des 2 ans n’a jamais eu lieu. J’attribuais ça à la fameuse inégalité homme-femme (mon fils est limite maigrichon), et à une alimentation pas vraiment équilibrée (l’autre avantage de la garde en collectivité c’est qu’on y fait manger de tout aux enfants et qu’on s’embarrasse peu de leurs crises à base de « si j’ai pas un autre morceau de fromage, je hurle« ). Et puis j’observe. Son incapacité à se limiter. La vérification systématique qu’il reste à manger, ailleurs, dans le plat, dans une autre assiette. La peur de manquer. Je me disais « chouette, à l’école, elle va mieux manger ». En vérité ces derniers jours je me demande comment je vais faire pour demander élégamment aux gens à l’école de ne pas laisser ma fille manger dans les assiettes des autres… Ah, et puis aussi : #Jesuisunemauvaisemerejenaipasapprisamesenfantsamangercorrectement (#deslegumes)

Son oralité, et ses ongles, ses doigts, en fourrés dans sa bouche, et plutôt deux fois qu’une en fin de journée, quand elle est inquiète, stressée (pendant ce temps là, son frère s’affale dans le canapé et se met la main dans le caleçon, comme son père). Ses ongles qu’on a pas eu à couper depuis des mois. Essayer de ne pas relever, de ne rien dire… Mais dieu c’est que c’est dur quand on s’adresse à elle et qu’on constate à chaque reprise que sa bouche est occupée. #Jesuisunemauvaisemerequestcequejaifaitpourquellesoitcommeça

Son oralité, son bégaiement. Qui va, qui vient… qui vient, en ce moment. #voirplushaut.

Son oralité, et ses tétines. Là encore, inégalité. Mon fils est tout autant accroc qu’elle (voire plus : lui ce qu’il aime, c’est la tétine ET l’étiquette du doudou qui y est accroché), mais LUI n’a pas la mâchoire déformée. Ma fille, elle, ça y est, la case est cochée : elle a le sourire de ces enfants-à-tétines, les dents si en avant qu’elle ne ferme plus vraiment la bouche (je vous avait déjà dit qu’en plus, elle a une dent de devant grise, suite à une chute ??). Il est temps d’arrêter la tétine, me direz vous (retour d’expériences bienvenus, mesdames), mais je vous avouerais que j’envisage cette séparation à peu près comme si je devais annoncer notre divorce à l’Homme et à moi, à nos enfants. Et que la multitude de changements connus lors de ces dernières semaines – et ceux à venir – ne m’encouragent pas vraiment à provoquer un nouvel ouragan dans le petit monde bien organisé de mes jumeaux. Jumeaux, d’ailleurs, ce qui vient là aussi compliquer l’exercice : mon fils, vous l’aurez compris, n’a pas « besoin » d’arrêter la tétine. Hors, il devra « souffrir » lui aussi de la séparation avec la tétine car je me vois mal arrêter sa soeur, mais pas lui…

Mais je vous vois venir, avec vos gros sabots, mesdames, me disant : « va voir un pédopsy« . Figurez vous que j’y ai pensé… Mais le problème, à la grande école de la culpabilité (celle dans laquelle vous êtes intégrée dès que vous devenez mère (il y a un programme d’intégration spécifique dans cette école pour les mères de jumeaux, avec 100% de réussite aux examens…), c’est que vous vous demandez alors si plutôt que d’aller « parler à quelqu’un » et prendre ainsi le risque de « faire exister » des problèmes que vous êtes peut être la seule à constater, il ne vaut mieux pas essayer de régler SES PROPRES PROBLEMES DE MERE COUPABLE / MAUVAISE MERE et arrêter de foutre la pression à sa fille de trois ans QUI N’A RIEN DEMANDE, ELLE, « et laisse moi manger des gâteaux et dormir avec ma tétine puisque c’est ma joie de petite fille à moi, bordel« .

Du coup, je vais nulle part.

Au rayon des nouvelles plus réjouissantes…

Après 3 ans de pas de vacances ou de vacances de merde (ce soir, je n’ai pas peur des mots) à hurler sur les enfants, à devoir être en permanence l’un à droite en train de courir sur jumeau 1, l’un à gauche sous la table en train de sauver jumeau 2, j’ai le plaisir de vous annoncer que ça y est, on a franchit un cap. Celui des vacances en famille agréables, ou papa et maman boivent un cocktail (ou 3)(ou 4) au bar de la plage, tandis que les enfants jouent dans le sable avec pelles et seaux – sans se lancer des trucs à la figure (ou presque), sans courir vers (dans) la mer les bras (sans brassards) en l’air ou sans poursuivre en courant premier chien / mouette / promeneur passant sous leur nez.

Ah et aussi où le rhume ne se transforme pas en otite. Je touche du bois car ça m’étonne encore.

J’ai découvert à l’occasion de ces vacances que mon fils – que je croyais par erreur complètement désintéressé des animaux – était un petit garçon chat qui s’est fait d’un matou local son meilleur ami (et c’était beau), et j’ai pleuré derrière mes lunettes de soleil à la grande sensibilité de ma fille (que je célèbre aussi, parfois…), lorsqu’à l’occasion d’un tour en bateau dans une grotte sombre mais à l’eau turquoise, portée par les « ahhh » et les « ohhhhhh » des autres marins d’eau douce, elle m’a regardé et ma dit, très sérieusement, « Moi j’ai de la chance de voir des endroits aussi beaux, maman« .

Il y a 4 ans, avait lieu ma FIV. A ce moment précis, 23h et des bananes (c’est précis, donc, « des bananes« ), j’égrenais les minutes qui me séparaient du coup de téléphone de l’hôpital, celui qui m’annoncerait combien et si des embryons avaient « pris« , et qui allait me poser LA question : combien d’embryons ?

Il y en a eu 2 (enfin, 1 et demi, si vous avez suivi l’histoire (#mauvaisemereencore)). Mes enfants sont ma plus grande joie, ma plus grande réussite… Je ne regrette plus une seule seconde de les avoir eu à deux… Mais bon sang, qu’est ce que c’est dur.

#mauvaisemere.

 

 

L’autre jour…

Je suis venue ici, un soir dernier, j’ai commencé à écrire (pour parler de la routine), et puis comme j’arrivais pas à sortir une phrase correcte, l’article (dont le titre était déjà écrit, lui : #repeat)(je le précise car c’est la seule chose que j’aimais bien dans cet article, ce titre) a fini par être rangé, comme 63 autres, dans le dossier « brouillon » de mon wordpress.

Il faut croire que ma nounou m’a entendue me plaindre de cette routine, puisqu’elle m’a informé, ce soir, de son souhait de partir.

Le 10 juin.

A moins de 2 mois de la fin de son contrat. Alors que c’était la dernière ligne droite avant la rentrée à l’école, en septembre. Pour une vague histoire de retour nécessaire dans son pays d’origine.

j’ai tenté de négocier. de pleurer. de culpabiliser la nounou en regardant, désolée, mes pauvres gosses qui la vénèrent et à qui je vais devoir coller une NOUVELLE nounou pour les 2 prochains mois avant de sauter dans le grand bain de l’école.

Elle m’a juré (tout en me glissant que ses billets étaient déjà pris)(et moi de lui dire « c’est pas grave, on te les rembourse »)(combien ça coute, des billets pour l’Asie, au fait ?) qu’elle allait voir comment faire, essayer d’en parler à sa famille.

Au fond de moi, je sais que c’est mort.

Au fond de moi, je compte. Je compte le nombre de mois qu’elle aura passé avec nous.

Au fond de moi, je repense à la surprise de la famille référante de ma nounou, quand je les avais appelé pour connaître leur avis sur elle, d’apprendre qu’elle était de retour en France.

Et je réalise que cette jeune femme absolument charmante, sans quasiment l’ombre d’un doute, profite sans doute du système social français. Travaille le temps requis pour toucher le chômage… Puis rentre dans son pays s’affairer à autre chose.

J’ai des envies de chantage. De « tu n’auras pas ta feuille assedics si tu pars si tôt ».

Il lui restait 2 mois à tenir. 2 tous petits mois. 2 mois à venir déjà tellement compliqués, qu’avoir ce sujet de préoccupation en plus me file déjà des crises d’angoisse.

J’en ai marre.

Et puis quoi, si ?

// Je m’excuse par avance. C’est un billet pas très drôle, que je trouverais peut être un peu angoissant si je le lisais sur un autre blog. Ici je m’interroge sur ce qu’il adviendra de mes enfants si je venais à mourir. Voilà, si la thématique vous colle déjà des sueurs froides, je vous déconseille de lire la suite😉 // 

Mon passage de l’insouciance la plus totale vers le « Et puis quoi, si je mourrais ? » a commencé à mes 17 ans (et demi), au dessus de l’atlantique. L’avion qui me ramenait moi et ma famille à Paris s’est retrouvé dans de beaux draps. C’est peu dire que j’ai eu l’impression de mourir, car je suis un peu morte ce jour là. J’ai compris – et j’ai trouvé que c’était un peu tôt pour le comprendre – que ça pouvait me tomber sur le coin de la figure sans crier gare. Je ne sais pas par quel miracle, nous nous en sommes sortis. Mais depuis, je ne prends l’avion que dans la terreur.

Il y a 4 ans, le compagnon de ma meilleure amie est mort dans un accident de voiture. Il est parti, il n’est jamais rentré. Il a laissé une famille dévastée, divisée. C’est la première fois que j’allais dans une morgue, que je voyais un mort. C’était terrible et j’avais la nausée.

Je vais pas vous la jouer raconteuse de bobards (j’ai lu que des gens prétendaient avoir été sur des lieux d’attentats, sans que ce soit vrai…) mais… J’aurais pu être sous les tours jumelles à New York City en 2001. J’aurais pu être en terrasse de ces restos parisiens en novembre. J’étais dans le métro à Bruxelles moins d’une semaine avant mardi dernier.

Il y a eu mes grands-mères, dont le cerveau s’est mis à saigner sans crier gare un jour, et qui sont un peu mortes ces jours là. Sans l’être vraiment. Me faisant réaliser qu’il y avait pire que mourir. Il y avait mourir, et être encore physiquement là.

J’ai souvent dit regretter de n’avoir pas eu une éducation religieuse, car j’ai été élevée sans croire. Face à la mort, au fait de se sentir mourir, de savoir que l’on va mourir, j’aurai aimé pouvoir me dire qu’il y avait un sens, un après, une confiance à avoir.

Il y a eu ces événements dans ma vie, que me font exister avec la trouille immense que tout s’arrête, et, venons en aux faits, cette trouille immense multipliée par cent depuis que j’ai des enfants. J’ai peur pour moi. J’ai peur d’y passer par accident. J’ai peur de les laisser sans rien. J’ai peur de ne pas savoir ce qu’il adviendra d’eux. Pire, j’ai peur d’y passer en même temps que l’homme (on prend l’avion tous les deux dans pas longtemps), et de les laisser démunis, sans savoir qui les prendra en charge. A craindre qu’ils soient séparés. Certains disent « A quoi bon perdre son temps à réfléchir à ce qui se passera si on n’était plus là – puisqu’on ne sera plus là pour le voir – profite du moment présent« . Mais moi je me dis que je n’arriverais pas à profiter complètement du moment présent sans maîtriser ce qu’il se passerait, si. Et puis je me dis aussi qu’on ne peut pas tout maîtriser. Je sais qu’on peut décider de plein de choses de son vivant, mais qu’à partir du moment où on est mort, on n’a plus son mot à dire (cette phrase vous fait peut être sourire), et les souhaits qu’on a émis à ce moment là ne sont considérés que comme des éléments à (éventuellement) prendre en compte, comme tout un tas d’autres. Rien de plus.

Parfois, je commence à écrire des lettres à mes enfants. J’essaie d’y résumer tout ce que j’aurai voulu leur dire et leur apprendre : qui je suis, ce que j’ai appris de mes plus de trente ans d’existence sur cette putain (pardon) de planète, ce que j’aimerais qu’ils soient, là où je voudrais qu’ils puisent leurs forces… sans jamais y parvenir. Invariablement, j’efface mes lignes et éteint mon ordinateur.

Au final, je reste avec ma trouille en espérant que « ça passe« .

Voilà, c’est un peu confus tout ça.

Mais dans le fond, je me demandais : est ce que vous, vous réfléchissez parfois au « et si » ? Est ce que c’est une question que vous évitez de vous poser, ou au contraire, est ce que vous souhaiteriez trouver des réponses / avez trouvé des réponses ?